Aux origines de l'EMDR : la découverte de Francine Shapiro
En 1987, la psychologue américaine Francine Shapiro fait une observation fortuite lors d'une promenade dans un parc : tandis qu'elle ruminait des pensées angoissantes, ses yeux ont effectué des mouvements saccadés rapides de gauche à droite. Quelques instants plus tard, la charge anxiogène de ses pensées avait significativement diminué.
Intriguée, elle formalise cette découverte auprès d'anciens combattants de la guerre du Vietnam et de victimes de violences sexuelles. Les résultats spectaculaires donnent naissance à l'EMDR (Eye Movement Desensitization and Reprocessing), devenue aujourd'hui le traitement de référence mondial du stress post-traumatique.
Le système TAI : comment le cerveau digère les chocs
Le fondement théorique de l'EMDR repose sur le modèle du Traitement Adaptatif de l'Information (TAI). En temps normal, le cerveau possède une capacité naturelle à traiter et classer les événements vécus (notamment durant le sommeil paradoxal / sommeil REM).
Mais lorsqu'un individu est submergé par une terreur intense :
- Le système d'intégration neurobiologique disjoncte sous l'afflux d'hormones de stress.
- Le souvenir ne parvient pas à être archivé dans la mémoire autobiographique (hippocampe).
- Il reste enkysté à l'état brut dans les circuits de l'amygdale cérébrale, avec les images, les bruits, les odeurs et les sensations physiques d'origine.
Des années plus tard, un simple stimulus (un crissement de pneu, un parfum, un haussement de ton) réactive le circuit : la personne ne « se souvient » pas du traumatisme, elle le revit corporellement comme s'il se produisait à nouveau.
Le protocole clinique en 8 phases
Une séance d'EMDR ne consiste pas à agiter les doigts au hasard. Elle répond à une méthodologie clinique millimétrée :
- Histoire du patient : Cartographie des événements cibles et analyse de la demande.
- Préparation et stabilisation : Installation du « lieu sécure » et apprentissage de techniques d'auto-apaisement.
- Évaluation de la cible : Identification de l'image la plus perturbante, de la cognition négative (« Je suis en danger »), de l'émotion et de sa localisation somatique.
- Désensibilisation : Séries de stimulations bilatérales alternées jusqu'à ce que la perturbation émotionnelle (score SUD) descende à 0/10.
- Installation de la cognition positive : Ancrage de la nouvelle croyance aidante (« C'est terminé, je suis en sécurité maintenant »).
- Scanner corporel : Vérification de l'absence totale de tension résiduelle dans le corps.
- Clôture : Retour au calme et consignes entre les séances.
- Réévaluation : Vérification de la stabilité des acquis lors de la consultation suivante.
Mouvements oculaires, tapping ou sons : les stimulations bilatérales
Si le balayage visuel des doigts du praticien reste la méthode canonique, les stimulations bilatérales alternées (SBA) peuvent emprunter plusieurs modalités selon le profil du patient :
- Visuelle : Suivi du regard des doigts du thérapeute ou d'une barre lumineuse de gauche à droite.
- Auditive : Sons alternés émis dans un casque audio (bips doux alternés oreille gauche / oreille droite).
- Kinesthésique (Tapping) : Légers tapotements alternés sur les genoux ou les épaules du patient (idéal pour les personnes souffrant de fatigue oculaire ou d'antécédents neurologiques).
Pour quels troubles consulter en EMDR ?
Historiquement réservée au stress post-traumatique, l'EMDR a étendu son champ d'application clinique avec succès :
- Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT) : Accidents de la route, agressions, attentats, violences intrafamiliales.
- Deuils pathologiques et chocs affectifs : Ruptures destructrices, annonces de diagnostic médical lourd.
- Phobies déclenchées par un événement : Phobie de conduire consécutive à un accrochage, phobie de l'avion.
- Troubles de l'attachement et blessures d'enfance : Négligences affectives, harcèlement scolaire, humiliations répétées.
La reconnaissance officielle par l'OMS et l'INSERM
L'efficacité de l'EMDR n'est plus contestée par la communauté médicale mondiale :
- Organisation Mondiale de la Santé (OMS, 2013) : Recommande l'EMDR au même titre que les TCC comme traitement de choix du stress post-traumatique chez l'enfant et l'adulte.
- Haute Autorité de Santé (HAS, France) : Préconise l'EMDR dans ses recommandations de bonne pratique pour le traumatisme psychique.
- INSERM (2015) : Confirme une efficacité cliniquement robuste avec une disparition complète des symptômes chez 77 % à 90 % des patients victimes de traumatismes uniques.
Vérifier la certification d'un thérapeute EMDR
En raison de la popularité croissante de la méthode, de nombreux praticiens s'autoproclament spécialistes de l'EMDR après un simple stage d'un week-end.
Foire Aux Questions sur l'EMDR
Réponses argumentées des praticiens et experts en santé mentale.
Références Scientifiques & Sources Cliniques
Les affirmations médicales et recommandations de cet article s'appuient sur des méta-analyses, essais cliniques randomisés et directives officielles d'autorités sanitaires (HAS, OMS, APA, INSERM).
- Shapiro, F. (2018). Eye Movement Desensitization and Reprocessing (EMDR) Therapy: Basic Principles, Protocols, and Procedures (3rd ed.). Guilford Press.
- Organisation Mondiale de la Santé (OMS) (2013). Guidelines for the Management of Conditions Specifically Related to Stress. WHO Guidelines Approved by the Guidelines Review Committee.Consulter la publication ↗
- INSERM (2015). Évaluation de l'efficacité de la pratique de l'hypnose et de l'EMDR. Rapport d'expertise collective Inserm.